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Note individuelle
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1 FILA Enfant légitime
Fondateur de la filtaure de Trouhans et du Tissage de Brazey-en-Plaine (21) Côte d'Or) ; Emilie FRICK est décédée dans des conditions atroces, au début du 20ème siècle, à trouhans, village voisin de Brazey où le couple possédait une filature et probablement son domicile ; en nettoyant sa cuisinière à charbon, Emilie prit feu et mourut brûlée vive ; la famille au sens très large en fut violemment choquée, au point que l'événement est noté sur des Bibles familiales de bracnhes assez éloignées; Alfred en fut traumatisé à vie et ne se remaria pas.
Et pourtant, Alfred n'avait rien d'une mauviette ; c'était au contraire, d'après ses ouvriers, le type même du "patron de choc" ; un exemple : lorsqu'il a créé la filature de Trouhans (quelques années avant la création du Tissage de Brazeay, lui-même fondé en 1898), il a embauché des paysans bourguignons qui n'étaient pas habitués à la vie quotidienne d'une usine, et fort peu désireux de s'y laisser enfermer et d'en supporter la discipline ; les tensions en arrivèrent au point qu'Alfred arrivait à la filature pistolet en poche ; pas dans l'intention de s'en servir le premier, bien sur ! mais ce détail ,ous montre qu'il fallait quand même une personnalité assez particulière pour réussir à implanter une usine dans un village sans traditions industrielles ; je rappelle que c'était la grande époque des usines à la Zola.
Un point très important à souligner, c'est qu'Alfred a quitté son Ban de la Roche natal à la suite de l'annexion de 1871 ; en arrivant à Trouhans et Brazey, il subit donc un complet changement de milieu culturel, et reçoit frontalement la résistance des "ouvriers" bourguignons (en fait hier encore des paysans, très conscients que l'air, la lumière et les beaux paysages bourguignons sont leurs seules richesses, et nullement désireux de s'en laisser déposséder par enfermement dans une usine) ;Alfred n'était pas préparé à un tel choc frontal, car, au Ban de la Roche, les premières usines textiles naquirent de façon très progressive (d'abord de petits ateliers où quleques fileuses se réunissaient autour de leurs rouets, puis des établissements de plus en plus grands) ; de plus, la notion d'usine textile a eu (dans un contexte précis) quelque chose de libérateur, et c'est pas une fiafe ! il faut se souvenir qu'avant que les usines existent, chaque tisserand allait à pied à Sainte-Marie-aux-Mines, et revenait avec la chaîne et la trame sur le dos ; il avait donc vraiment tendance à dire "Merci patron !" quand on lui ouvrait une belle usine dans laquelle on lui mettait tout sous la main , le métier, la chaîne, la trame, les pièces détachées, la source d'énergie, etc ... On a beaucoup souligné à quel point l'ouvrier bandelarochois était un ouvrier-paysans, mais il faudrait aussi préciser que, par certains côtés, ce fut un ouvirer-patron.
Cela ne veut pas dire que la lutte des classes n'existait pas au Ban de la Roche, mais elle prelait d'autres formes. Il ne faut en aucun cas la dessiner métaphoriquement sous la forme d'un face-à-face des adversaires, comme sur un terrain de football ou comme au Parlement britannique. Elle prenait d'avantage la forme de tensions interpersonnelles au sein d'un même milieu. Un patron de filature ou de tissage, c'est souvent un ouvrier qui a réusii. "Par son intelligence et son travail", disentses amis. Ce à quoi ses adversaires répondent : "Non. Plutôt en accaparant le travail des autres. En mettant à sous services famille proche, famille élargie, et voisins. En ne faisant de cadeaux à personne."
Point très important, qui joua gravement contre les ouvriers : ceux du Ban de la Roche se perçurent beaucoup, au départ, comme des artisans indépendants regroupés dans un même local ; il est difficile de dire à quel moment cette qualité d'artisan devint totalement fictive ; ce qui est sur, c'est que les (vrais) patrons savaient en jouer ; par exemple, à Brazey-en-Plaine (et je suppose que c'était pareil au Ban de la Roche), c'étaient les ouvriers qui pâtissaient des baisses de commandes ; ils étaient payés à la production ; or, s'il n'y avait pas de commandes, la direction ne leur distribuait pas de trame, et donc, forcément, leur production était faible et leur salaire également. N'allez pas croire que le salaire tombait automatiquement à la fin du mois, commandes ou pas ! Le "risque économique", c'est eux qui l'assumaient, pas les patrons !
Noter également des différences très importantes, selon les lieux, au niveau de la condition de la femme. Au Ban de la Roche, on n'était pas spécialement féministe, mais cependant l'on considérait, depuis le pasteur Oberlin, qu'une femme avait sa place dans un emploi salarié (ce qui ne veut pas dire que c'était toujours elle qui touchait son salaire ; souvent, on ne voyait pas malice à le verser au mari) ; à Brazey, au contraire, l'on fut vraiment surpris de voir des ouvrières dans les usines ; l'on était sincérement persuadé qu'elles allaient y chercher l'aventure, si bien qu'elles furent souvent insultés de la façon la plus grossière.
De ce fait, la protection de la femme devenait une simple pure et simple necessité vitale, qu'Alfred MARCHAL lui-même percevait parfaitement, bien qu'il fût le contraire d'un féministe. Si bien que les oeuvres sociales de l'usine, à Brazey, prirentbeauoup la forme d'instruments de protection de la femme (et de sa vertu) : l'usine avait une "pension" offrant (contre retenues sur leur petite paie) nourriture et logement aux orphelines qu'elle employait, ce qui leur évitait d'être placées dansdes fermes ; la pension était gérée par mon arrière grand-mère Adéle SPECHT, épouse SENNINGER, cousine d'Alfred et petite-fille de Théophile WIDEMAN, ex maire de Rothau ; l'usine avait sa propre infirmière (Adèle SPECHT), ce qui est assez normal vu les risques d'accident du travail ; amis aussi, chose plus étonnante et plus typiquement bandelarochoise : elle avait aussi sa propre sage-femme, Madame POULAIN, femme d'un contremaître, bien que Brazey fût un village relativement important possédant une infrastructure médicale ; les services de Mdame POULAIN étaient appréciés, et ce n'est aucunement par contrainte que l'on accouchait à l'usine ; ce fut en particulier le cas de ma grand-mère Germaine SENNINGER, fille d'Adèle SPECHT-SENNINGER, et épouse de Charles FRANCOIS, ingénieur des Ponts et Chaussées et officier d'aviation, qui avait parfaitement les moyens d'offrir des soins médicaux à sa famille, et qui aurait bien entendu fait accoucher sa femme ailleurs qu'à l'usine s'il avait estimé qu'elle y serait mieux soignée.
Les bonnes moeurs étaient strictement surveillées. Un homme de caractère coureur n'avait aucune chance de promotion. Dans le vocabulaire de l'époque, on appelait cela la défense des bonnes moeurs. Aujourd'hui, on parlerait de lutte contre le harcèlement sexuel, mais au fond, peu importe le vocabulaire...c'est le résultat qui compte.
Il y a quelques chose de touchant dans ses actions de protection de la femme, car elles sont vraiment sincères. Peut-être le fantôme d'Emilie FRICK a-t-il su faire quelques suggestions par des moyens secrets. la protection de la femme ne rapporte rien à Algred alors que, dans la plupart des autres domaines, sa politique sociale avait souvent quelque chose de la charité bien ordonnéee qui commence par soi-même.
Alfred, en tant que patron chrétien se devait d'avoir une poilitique sociale, mais celle-ci était souvent ambigüe. Par exemple, il y avait uen coopérative permettant aux ouvriers d'acheter des produits moins chers, mais, comme les salaires étaientcalculés en prenant cet avantage en considération, les ouvriers n'en étaient guère avancés... Il y a même eu une époque où les ouvriers ne touchaient pas de salaire, mais seulement des coupons à dépenser à la coopérative. En réalité, dans bien descas, les mots "politique sociale" signifiaient simplement qu'un paiement en nature se substituaient au paiement en argent. En revanche, les logements fournis par l'usine étaient unanimement appréciés.
La famille MARCHAL mettait un point d'honneur à meubler ses ouvriers, ce qui permettait une "action sociale" très visible, brassant beaucoup d'air pour une faible dépense, puisque les meubles étaient récupérés. Donc, quand arrivait une nouvelle famille ouvrière, les femmes de la famille (c'est à dire, Emilie étant morte, les filles et belle-filles d'Alfred) se démenaient pour chercher des meubles. Ce qui avait beaucoup d'avantages : une famille ouvrière étaient meublée ; son patron pouvait donc fixer son salaire en tenant compte du fait qu'elle n'avait pas de grosses dépenses à faire ; les femmes du maître étaient occupées à une action louable convenant à leur sexe, c'est à dire ne touchant pas au vrai de ce que les propriétaires du Tissage étaient gens charitables adeptes du protestantisme social. Cette agitation aurait pu n'être que folklorique si l'une de ces dames n'avait eu l'idée de s'adresser à la Croix Rouge (que par ailleurs, elle "aidait", mais, franchement d'une charité bien ordonnée qui commence... sujet déjà traité) pour obtenir des meubles en faveur de "ces pauvres ouvriers". C'est à dire, pour parler franc, en faveur de leur "pauvre patron", car cela revient à ce qu'une bonne oeuvre complète à sa place unsalaire insuffisant pour vivire. Une telle "action sociale", c'est vraiment plus qu'ambigu! Moi, quand je donne de l'argent à la Croix Rouge, je m'attends à ce qu'il bénéficie à des victimes de guerre, pas à ce qu'il permette à un patron de comprimer les ssalaires tout en se décernant un brevet de "protestantisme social"!2 XORD 1
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