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Note individuelle
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1 FILA Enfant légitime
¨CONTENU :
1) Etat des services militaires (archives départementales des Vosges)
2) Récit du combat d'Aspach-le-Bas 25-26.12.1914 au cours duquel le sergent G.A. KELLER est tué
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KELLER
Gustave Adolphe
Né le 16 avril 1871 à Senones
Profession : horticulteur
NÀ 75 de tirage dans le canton de Senones
Conseil de révision
Bon – Service actif
1re partie de liste de recrutement cantonal
Matricule 1571 2405
Cheveux – sourcils châtain clair
Yeux gris front droit
Nez fort bouche moyenne
Menton rond visage plein
Taille 1,71 m
Degré d’instruction générale : 3
Services
Dans l’armée active
Incorporé au 4e Bataillon d’Artillerie de Forteresse à compter du 15 novembre 1892
Arrivé au corps ledit jour (NÀ matricule 1911)
Passé à la 19e Section de Secrétaires d’Etat-Major et du Recrutement (décision de M. le Général commandant le 19e Corps d’Armée en date du 5 septembre 1893)
Arrivé au corps le 6 octobre 1893
Caporal le 15 octobre 1895
Envoyé le 16 octobre 1895 en congé en attendant son passage dans la réserve de l’armée active
Certificat de bonne conduite accordé
Passé dans la réserve de l’armée active le 1er novembre 1895
Dans la réserve
- 1ère période d’exercices dans la 21e Section de Secrétaires d’Etat-Major et du Recrutement du 1er au 28 décembre 1898
- 2ème période d’exercices dans la 7e Section de Secrétaires d’Etat-Major et du Recrutement à Besançon du 9 avril au 6 mai 1901
149e Régiment d’Infanterie
Passé dans la territoriale le 1er novembre 1905
Dans l’armée territoriale
A accompli une période d’exercices dans le 43e Régiment Territorial d’Infanterie du 27 mai au 9 juin 1907
Passé dans la réserve de l’armée territoriale le 1er octobre 1911
Rappelé à l’activité à la Mobilisation générale (décret du 1er août 1914)
Arrivé au corps le 2 août 1914
Sergent le 21 octobre 1914
Mort pour la France le 26 décembre 1914 au combat d’Aspach-le-Bas (avis officiel du 25 janvier 1915)
Campagnes
En Algérie du 19 septembre 1893 au 16 octobre 1895
Contre l’Allemagne du 2 août 1914 au 26 décembre 1914
Citations
Cité à l’Ordre du régiment nÀ63 du 10 mars 1915 :
« A secondé vaillamment le Lieutenant Cottenceau, en entraînant ses hommes à sa suite dans l’assaut d’Aspach-le-Bas le 26 décembre 1914 et a été frappé mortellement avec lui par les balles allemandes.
(source : registre matricule 56 R 164 des Archives Départementales des Vosges)
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Récit du combat au cours duquel Gustave Adolphe Keller, sergent au 43e régiment d'infanterie territoriale a été tué le 26 décembre 1914
Extrait de la Revue d'Alsace, année 1920
ASPACH-LE-BAS
Dimanche, 7 Novembre 1920, a été inauguré, à Aspach-le-Bas, un modeste monument, en l'honneur des 28 braves du 43e régiment territorial d'infanterie, tombés là, le 26 Décembre 1914.
Quelques-uns — comme le sergent Jules Oberreiner, de Cernay1 directeur de tissage à Nomexy Vosges) — sont morts après plus de trente heures d’agonie. Ce sont ceux?là qu'André Tudesq appelle, dans le Journal du 6 Février 1915, les « 28 Morts d'Aspach-le-Bas .
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Note 1. Jules Oberreiner, né le 24 septembre 1875 à Cernay (Haut-Rhin), fils de Edouard Oberreiner, Directeur du tissage Stehelin et Cie et de Joséphine Mechler, fit ses études au Collège Libre de La Chapelle-sous-Rougement, au Collège St.?Benoit àDelle, à l'École Industrielle et à l'École St?Joseph à Epinal.
Bachelier ès?sciences (Dijon, 1894). il se mit an courant du tissage sous la direction de son père à Golbey (Vosges), et, après une année de service militaire au 79e d'infanterie à Nancy (1896?97), il dirigea à Nomexy (Vosges) le tissage Léon Gauthier, devenu tissage Peters et Cie.
C'est là que la mobilisation trouva le sergent de réserve Jules Oberreiner, au milieu de ses ouvriers qui l'appréciaient autant que son patron ; il était, vice?président de plus d'une société locale.
S'ennuyant au dépôt du 43e à Epinal, il obtint un poste plus actif, passa près de deux mois au Ballon d'Alsace, où il était en quelque sorte le directeur technique de la Compagnie.
Le 18 décembre. il descend avec sa compagnie à Niederbruck, Bourbach-le-Bas ; puis, second du lieutenant Cottenceau, il déploie son activité en première ligne. lorsque la mort vient inopinément l’arracher à l’œuvre qu’il accomplissait avec enthousiasme. Sur la dernière carte parvenue à sa famille, il écrivait : « Nous allons réoccuper Mulhouse.
M. Jules Oberreiner était le frère de M. C. Oberreiner, collaborateur de la Revue d’Alsace, à qui la direction offre ses condoléances les plus émues et les plus sincères.
[p. 284]
Ils étaient commandés par un vaillant chef, un ancien chasseur alpin, le lieutenant- colonel Bourgoignon, maintenant en retraite à Besançon. La section qui partit, dans la nuit du 25 Décembre 1914, pour aller cisailler des fils barbelés, sur le front ennemi, tout voisin,. était sous les ordres. du lieutenant Paul Cottenceau, un officier qui avait été porte-drapeau chez les chasseurs de Driant. Il repose aujourd'hui, près de l'église, au cimetière d'Aspac-le-Haut. Le monument, érigé le 7 Novembre, se trouve à l'entrée du village d'Aspach-le-Bas, en arrivant de Thann. Il se compose d'une pyramide, ornée d'une palme en bronze, et il portera deux plaques de fonte que le fondeur parisien n'a pas encore livrées. Sur l'une, il y aura l'inscription :
« Aux 28 Héros d'Aspach-le-Bas, tombés au champ d'honneur, le 26 décembre 1914 ( Offert par le Comité de Delle du Souvenir Français, et par souscription publique, ce monument. a été érigé en 1920.
Sur l'autre plaque figureront les 28 noms. Simple et de bon goût, ce monument est dû au ciseau de M. Alfred Muller, sculpteur à Dannemarie.
La cérémonie d'inauguration a été très impressionnante. Après le service religieux, célébré dans la baraque, tour à tour école et chapelle, par M. l'abbé E. Richert — ancien élève du lycée de Belfort, et nouveau desservant de Michelbach et des deuxAspach —. M. le doyen J. Roueche, curé de Delle, vice?président du S.F., a prononcé une remarquable allocution, toute empreinte du plus pur patriotisme. Il s'est attaché à montrer comment l'Alsace, restée française de cœur pendant l'occupation allemande, doit être heureuse d'avoir enfin retrouvé la Patrie perdue. Vers onze heures, la cérémonie d'inauguration a eu lieu. Il faisait un temps brumeux et froid. Devant le monument, orné de drapeaux, de fleurs et de couronnes, une foule émue se pressait. Successivement, prirent la parole MM. Arsène Zeller, directeur de I'école de la rue de Châteaudun, à Belfort, président du Comité du Souvenir Français de Delle, Emile Bernard, sous-préfet de Thann, Mosellan d'origine, officier pendant la guerre ; le commandant Poulet, du 42e Régiment d'infanterie, [p.285]
représentant M. le général de division Baston, gouverneur de Belfort, et le lieutenant-colonel Bourgoignon, du 43e R. I. T. dont le discours constitue l'intéressante page d'histoire, que nous donnons ci-après.
Dans la foule, on remarquait la famille du sergent Jules Oberreiner, de Belfort ; Madame et M. Auguste Stolz, de Belfort aussi, ses beaux-parents ; M. Schruoffeneger, maire d'Aspach-le-Bas ; M. Maurice Thanner, délégué du S. F. à Belfort ; M. le capitaine Laruelle, d'Epinal, du 43e R. I. T. ; tout le Comité du S. F. de Delle : MM. Anatole Lablotier, secrétaire, Charles Jacob ; André Durand, délégué ; René Limousin, Edmond Ebstein ; Mme veuve Frayard, de Thaon-les-Vosges, veuve d'un des 28 braves tombés là, pour la France ; MM. l'abbé Roueche, doyen de Delle, et Richert, curé d’Aspach ; M. Ernile Py, conseiller municipal à Belfort ; MM. Bruckert, père et fils, négociants à Epinal ; M. le Dr Président du S. F. à Dannemarie ; M. Alfred Muller, sculpteur ; M. Aimé Oberreiner, directeur de la tuilerie mécanique de Hagenbach, parent du sergent Jules Oberreiner, etc., etc.
Après la cérémonie, un repas cordial a réuni une trentaine de personnes dans la baraque-restaurant Schruoffeneger, où le menu fut excellent. Bien des paroles ont été prononcées, en l'honneur des héros, dont cette journée fut, en quelque sorte, l'apothéose. M. Zeller, leur dédia des vers — qui ont paru dans la revue bisontine « Franche-Comté et Monts
Jura — et, le repas fini, on alla prier sur leurs tombes, à Aspach-le-Haut et à Michelbach. Madame et M. Stolz les fleurirent toutes.
Pour conclure, belle et réconfortante journée, où, malgré l'âpre bise, on sentait, dans l'ambiance, rayonner toute la chaleur de l'âme alsacienne. Un témoin.
[p.286]
Voici le discours du Lieutenant-Colonel Bourgoignon :
« Mes chers Compagnons d'armes, qui êtes tombés glorieusement sur cette terre d'Alsace en combattant pour sa délivrance,
« Devant ce monument élevé à votre mémoire par le Comité du Souvenir
Français de Delle,
« Au nom de vos camarades, les Vétérans du beau 43e Territorial, je vous
salue, et je rappelle vos belles actions.
Le 25 septembre 1914, Massevaux (sic) est réoccupé par l'Avant?Garde du 6e Bataillon du 43e Territorial descendant du Ballon d'Alsace. (ce régiment-brigade de 14.000 hommes, dont sept mille glorieux combattants recrutés dans l'ancienne 7e région, comptait de nombreux Alsaciens volontaires ; plusieurs seront cités à l'ordre de l'armée ou succomberont dans la lutte, comme le sergent Oberreiner, tombé à l'assaut sur les glacis d'Aspach-le-Bas, berceau de sa famille ; comme le sergent Hoerter que hantait le mirage du Rhin ; comme le capitaine Véron, officier de grande valeur comme le sous-lieutenant Schwartz de Mulhouse, jeune engagé de 19 ans, et de nombreux gradés et soldats).
Après avoir couvert Massevaux par des avant-postes contre la Brigade allemande qui couvre Mulhouse, après avoir fait partie du groupe de Belfort qui conquiert les hauteurs de Rodern et rétablit les communications entre Thann et Belfort, le 6e Bataillon se distingue aux combats d’Aspach les 24, 25, 26, 27 décembre, avec la 66 e Division, la Belle Bleue, l'Alsacienne.
Le 24 décembre, la 24e Compagnie est en 1ère ligne ; elle occupe la gare d'Aspach avec la section de mitrailleuses du Bataillon. La section Cottenceau est en avant et à droite.
C'est la guerre de mouvement : aucun travail de protection, aucun abri sur ce terrain. Le talus du chemin de fer sert de tranchée, la liaison et le ravitaillement doivent se faire en terrain découvert, sous le feu de l'ennemi.
[p.287]
Dans la nuit du 24 au 25 décembre, la Section Cottenceau et les autres commencent à établir un réseau de fils de fer en avant de la voie ferrée, sous le feu des Allemands.
Le 25 décembre, les 21e, 22e, 24e compagnies, sous les ordres du Commandant lud, occupent la gare d'Aspach et ses abords. La 21e Compagnie, qui vient de Masevaux,est en réserve vers Aspach-le-Haut, bombardé par l'ennemi.
En ce jour, il faut reconnaître les positions des Allemands et les surprendre si possibleau milieu de travaux que l'on entend exécuter la nuit.
A la tombée de la nuit, toute la ligne se porte en avant jusqu'à hauteur de la ferme Caisach, la 1e sur la route d'Aspach, puis, on traverse une dépression de terrain, origine d'unruisseau.
Le 359e est à côté de la section Cottenceau.
Avant de se lancer sur ce terrain inconnu, on envoie une reconnaissance de nuit. C'est la section Cottenceau. qui en est chargée. C'est le sergent Keller qui se présente volontairement et qui l'exécute avec 4 volontaires.Il revient après avoir reconnu que l'ennemi est protégé par un réseau de fils de fer infranchissable sans une préparation sérieuse, et que le terrain est un glacis sous le feu de l'ennemi. On décide que, à la pointe du jour, après une préparation par l'artillerie, la sectionCottenceau ira attaquer et ouvrir un passage à travers le réeseau de fils de fer ennemi. C'est le 359e qui donnera l'ordre de l'attaque.
On revient un peu en arrière et la section Cottenceau travaille comme les autres, pendant la nuit, à creuser avec les outils portatifs, dans la terre durcie par le froid, une tranchée bien en avant de la voie ferrée.
Après deux nuits passées sous des bombardements,toujours en alerte, toujours au travail, sur une position qui n'est pas couverte par des fortifications, difficilement ravitaillés, gradés et hommes de la section Cottenceau, grelottant encore de froid et de fièvre, sont prêts à l'attaque.
[p.288]
A 4 heures, on distribue un supplément de cartouches, on complète les cisailles.
A 5 heures, au signal transmis par le capitaine Lardent, du 359e (Régiment de réserve avec lequel le 43e territorial est jumelé), le lieutenant Cottenceau (brillant officier imbu des principes de dévouement de son ancien chef au 4e zouaves, le commandant Driant), entraîne sa section à l'assaut, secondé par les sergents Oberreiner et Keller.
« En tirailleurs et par bonds, la section s'avance avec une bravoure remarquable, un entrain admirable, à la suite du Lieutenant qui s'est emparé du fusil d'un blessé et le porte haut, comme il portait naguère le drapeau du Régiment confié à sa garde. (Ordre du régiment nÀ 5).
Subitement, les mitrailleuses allemandes masquées ouvrent le feu et les fauchent. La fusillade crépite sur la ligne ennemie. Les soldats Froment, de Monthureux, Marquis, de Ramonchamp, sont frappés à mort.
Mais le Lieutenant Cottenceau a vu le danger. Il faut lutter de vitesse de tir. Donnant l'exemple, il riposte avec son fusil, il fait hâtivement riposter ses hommes, leur disant : « Tirez, tirez, mes enfants , et meurt en criant : feu ! feu ! lorsqu'il est parvenu au but, devant le réseau ennemi.
Les mitrailleuses ennemies achèvent les blessés qui remuent.
Les obus mettent leur corps en lambeaux. C'est ainsi que le soldat Haillant de St.-Maurice-sur-Moselle ayant déjà une épaule fracassée par un obus, voit ses deux jambes emportées par un autre projectile et meurt en criant : « Voilà le comble, mes deux jambes qui partent !
A chaque bond en avant, les soldats essaient en vain de s'abriter, en creusant avec leur outil portatif, un abri personnel dans la prairie. La terre gelée ne se laisse pas entamer. Ils s'abritent derrière leur sac, n'ayant pas encore de casque pourprotéger leur tête.
C'est en luttant dans cette marche en avant, que sont frappés face à l'ennemi jusque dans les fils de fer qu'ils ont entamés :
[p.289]
Le lieutenant Cottenceau, un Breton.
Les sergents Keller et Oberreiner, tous deux d'origine alsacienne, le premier, né à Senones, le 2e né à Cernay.
Les caporaux : Antoine, Vichard, Boulangeot.
Les soldats Vosgiens : Briot, Fréchin, Haillant, Houbre, Fragard, Vermelin,
Levêque, Thomas, Gavoille, Coutret, Wenk, Frornent, Laurent, François A., François, J. Poirot, Gatt, Jacnuot, Lhote.
Les soldats Lyonnais : Pijot et Cassier. Etc…, etc…
Dans leur élan, les sergents Keller et Oberreiner ont progressé avec plusieurs hommes à travers les fils de fer.
En partant, le sergent Oberreiner avait fait ouvrir les rangs des tirailleurs, afin d'arriver avec moins de pertes jusqu'à Aspach-le-Bas où il espérait retrouver sa parenté.
Lorsqu'il tombe frappé à mort, cet énergique sous-officier, a la vision qu'il va enfin la délivrer et il crie : « J'arrive ! Les Français arrivent ! Il entonne le refrain que, en bon Alsacien, il a toujours sur les lèvres depuis son enfance : « Allons enfants de la Patrie, le jour de gloire est arrivé .
Dans sa longue agonie on l'entend dire : « Alsace, ma chère Alsace, tes fils, les fils de France, meurent pour toi !
Sur ce terrain avancé, où seule est arrivée la Section Cottenceau, les corps des deux sous-officiers et celui d’une dizaine de camarades, accrochés aux fils de fer et recouverts par la neige, resteront sans sépulture pendant deux mois, attestant l'héroïque courage de ces vaillants.
Pendant 2 mois, leur présence sur ce terrain de combat, attestera que le 43e Territorial « n'a pas cédé , qu'il a tenu le serment d'être invincible, serment fait tacitement à la présentation du drapeau le 3 août. Toutes les nuits, des projecteursallemands éclairent ces corps allongés et recouverts de neige. Ceux qui tentent d'aller les retirer sont abattus comme un plein jour.
Enfin le 3 mars, après que la neige a fondu, ces braves sont apportés au cimetière
[p.290]
de Michelbach, par des patrouilles du Colonel de Poumeyrac, qui dit au Lieutenant Colonel Bourgoignon :
« J'ai transmis à mon régiment (le 242) vos.remerciements pour les sentiments « d'union sur le champ de bataille et de dévouement dont mes patrouilles ont fait « preuve en allant sous le fusil allemand relever les corps de vos braves.
« Il ajoute : « C'est de grand coeur que nous avons pu rendre les derniers devoirs « aux braves du 43e Territorial qui sont morts vaillamment à nos côtés le 26 dé « cembre, arrosant de leur sang la terre d'Alsace et préparant ainsi la Victoire.
« Nous les vengerons bientôt (Décision d:u 10 Mars 1915).
Les corps du Lieutenant Cottenceau et du caporal Antoine avaient été inhumés au cimetière d'Aspach le Haut, le 27 décembre.
Le sacrifice de ces vaillants n'a pas été inutile.
Cette marche en avant a permis de découvrir la position exacte de l'ennemi.
Pendant que le combat continue, pendant que sur ce terrain de cauchemar, les uns au péril de leur vie vont chercher et ramener les corps de leurs camarades tombés sous le feu intense de l'ennemi, de hardis courriers vont chercher et rapporter les renseignements recueillis sur les positions des Allemands. Ces renseignements permettent au commandement de les maîtriser et à notre artillerie d'ouvrir un feu efficace.
Là, encore le 43e a fait preuve d'un beau dévouement.
Sur ce terrain de combat, il faut traverser un espace découvert d'environ 800 mètres sous le feu des mitrail!euses, des fusils et des canons ennemis.
Un premier porteur de message tombe frappé mortellement, un second se présente volontairement et tombe frappé à mort, un troisième se présente volontairement et tombe grièvement blessé, un quatrième et un cinquième se présentent, ce sont les soldats Assimont Antoine et Charpentier Léon. Ils vont prendre les messages sur les morts et les portent à destination. Ils font mieux, ils reviennent à travers ce [p.291]terrain complètement battu par les balles, rapportant des renseignements précieux sur les positions de l'ennemi.
C'est ainsi que par leur dévouement héroïque, les braves du 43e avaient contribué au gain de la journée.
Les 27 et 28 décembre, le combat continue sur place.
Tout le bataillon a montré un stoïque courage sous le feu et sous les intempéries, pendant les combats d'Aspach.
La 24e compagnie particulièrement, est restée 4 nuits consécutives sans être relevée, dans les tranchées de première ligne, continuellement bombardée et menacée d'une attaque qui la tient, alertée. Gradés et hommes avaient
les pieds gelés et grelottaient de la fièvre.
Nombreux sont ceux qui mourront sans gloire, soit à l'hôpital, soit dans leurs foyers, des suites des maladies contractées dans ces froides nuits de décembre.
Le visage des survivants de cette compagnie conservera la trace de ces épreuves, ainsi que le constate le chef de corps, dans les tranchées devant Cernay où on les envoie avant qu'ils aient terminé la relève des corps de leurs camarades.
C'est dans ces tranchées que vont tomber le Lieuttenant Franc-Comtois Relange, frappé à mort, le chef de Bataillon Vosgien Consigny, le cou traversé par une balle.
Tous ces officiers son cités à l'ordre de la Division l'Alsacienne.
Sur ce terrain, le 43e Territorial a donné de beaux exemples de bravoure, et tous ceux qui se sont fait remarquer par leur
héroïsme ont été cités en exemple ou le seront sur le livre d'Or des \/ÉTÉRANS, s'ils le demandent ou si leur famille le demande. Ce livre d'Or été ouvert par le Chef de Corps, pour la Section des Braves, en janvier 1915.
Le Lieutenant Cottenceau est cité à l'Ordre de l'Armée des Vosges, pour avoir brillamment entraîné sa troupe à l'avant, et n'avoir pas hésité à soutenir avec courage une lutte désespérée (Ordre N" 6.)
Les sergents Keller et Oberreiner, les caporaux Antoine, Vichard et Boulangeot de [p.292] la 24e compagnie, qui ont secondé vaillamment leur Lieutenant, en entraînant leurs hommes à sa suite, dans l'assaut d'Aspach-le-Bas, sont cités à l'Ordre parle Chef de Corps (Ordre No 63), ainsi que le mutilé Chonavel, un des derniers survivants de la Section des Braves. qui, grièvement blessé, a pu revenir en rampant quand la nuit fut venue.
Le caporal Flayeux et le soldat Bohler, de la Section des mitrailleuses, sont cités à l'ordre N' 29, par le Chef de Corps, pour s'être fait remarquer par leur courage et leur entrain au cours des combats d’ Aspach en secondant leur Lieutenant, le brave Alsacien Véron qui sera tué, comme Capitaine, au moment ou le Chef de Corps lui a donné le commandement provisoire du 6e Bataillon, le Bataillon d’ Aspach et de La Fontenelle !
Le soldat Martin, le sergent-fourrier Barraveau, les soldats David Paul, Cottel, Remy, Vichard, Foudrot, de la Section de mitrailleuses du Bataillon, qui sont allés chercher sur cette dangereuse ligne de feu le corps du Lieutenant Cottenceau et deplusieurs hommes tués ou blessés, sont cités à l'Ordre de la 66e Division NÀ 118 par le Général Serret ou à l'Ordre du Régiment par le Chef de Corps, NÀ 29, qui cite aussi en exemple le médecin auxiliaire Le Chiton, lequel, pendant plusieurs nuits,a recherché les blessés et les morts.
Les soldats Assimont Antoine, Charpentier Léon et Nicot, sont cités à l'Ordre de la Division l'Alsacienne (Ordres 110 et 121) les deux premiers pour être allés, au péril de leur vie, chercher et rapporter des renseignements précieux qui ont permisde maîtriser l'ennemi, le dernier pour avoir réussi à ravitailler sa compagnie dans des circonstances périlleuses où il a succombé.
Le sergent fourrier Baraveau, qui a parfaitement fait et assuré le service de liaison sur un parcours de 800 mètres, complètement battu par les balles ennemies, est cité à l'Ordre par le Chef de Corps (NÀ 29).
La reconnaissance spéciale du sergent Keller sur le réseau de protection d'Aspach-le-Bas, faite au cours d'une reconnaissance offensive de nuit est donnée comme modèle à tout le Régiment par le Chef de Corps.
[p.293]Le Chef de Corps, cite en exemple ce sous-officier qui s'est distingué par le courage et l’intelligence dont il a fait preuve dans cette mission, en rapportant à travers un terrain particulièrement dangereux, des renseignements importants, précis et complètement ignorés qui ont arrêté à ce moment une attaque meurtrière non préparée. Senones, la vaillante cité ou est né Keller, donna le nom de 43e R.I.T. à une de ses rues.
Le Sous-Lieutenant Leboube, qui étant en soutien, n'a pas hésité à aller en première ligne sous les intempéries et les bombardements, encourager pendant quatre nuits les hommes de la 24e Cie, est cité en exemple par le Chef de Corps, ainsi que le médecin aide-major Vaney, qui a fait preuve d'un grand dévouement en soignant sur la ligne un grand nombre de blessés de tous les corps. C'est lui qui, au nom des camarades, a déposé le baiser d'adieu sur le front glacé du Lieutenant Cottenceau.
Au poste de secours, le 43e Ter. donne encore des exemples de beau dévouement : L'aide-major Vaney, se disposant à panser un blessé qui a les deux hanches traversées par des balles, celui-ci refuse en disant : « Non, pas moi, celui-là d'abord qui est plus touché que moi , et il montre un blessé qui agonise et qui râle la tête traversée par une balle. Lorsque le Chef de Corps a cité à l'Ordre la Section des Braves, tout le Régiment a vibré aux paroles de son Chef et a honoré les Frères d'Armes qui ont succombé.
En érigeant ce monument, le Souvenir Français de Delle, sous la Présidence de M. ZELLER, a cité en exemple la Section des Braves à toute la France. Il a ainsi permis aux jeunes générations, de s'inspirer au récit de ces belles actions accomplies sisimplement, et d'y trouver une incomparable leçon de courage.
La lecture des noms gravés sur la p!aque de ce Monument évoquera le souvenir de la dernière pensée du sergent Oberreiner, qui est aussi gravée sur le monument :
« Alsace ! Ici, tes fils unis aux fils des autres provinces de France sont morts pour toi !
[p.294]
Aujourd'hui, grâce au Comité de Delle et à son dévoué président, Monsieur Zeller, ces braves ont été honorés par les représentants du Gouvernement et de l'Armée, par les populations Belfortaines et Alsaciennes qu'ils étaient venus délivrer.
On a prié pour eux, leur consacrant quelques instants recueillis, en présence de leur famille. Merci et reconnaissance à tous ceux qui ont bien voulu s'associer à cette pieuse manifestation du Souvenir.
Puisse cette marque d'universelle sympathie, être un adoucissement à la peine de leurs familles, que je salue respectueusement, au nom de leurs Frères d'Armes, en leur rappelant que toutes sont de droit Membres honoraires perpétuels de la grande famille du 43e R. I. T.
Cette Association Amicale du Souvenir se transformera en Société de Secours, dès qu'elle aura recruté parmi les 30.000 hommes qui ont appartenu au Régiment-Brigade, pendant la Guerre, un nombre de membres suffisant.
Mes Chers Compagnons d'Armes, en ce jour, votre dévouement a été auréolé.
Vos familles seront fières de votre souvenir et de l'exemple que vous avez légué à vos enfants.
Vos camarades, les Vétérans du Beau 43e R. I. T., sont heureux de cette récompense. En leur nom, je vous salue une dernière fois, et je vous dis : « au revoir .
Extrait de : La Revue d’Alsace, 10 e série, 2 e année (tome LXVIII de la collection), 1920.
puis enterré à Michelsbach; exhumés, ses restes sont dans la tombe nÀ892 de la nécropole nationale de Cernay-Uffholtz. Voir Infos : récits du combat des 25-26.12.1914 et de ses suites2 XINSEE 88451
2 XORD 0
2 XINSEE 68011
2 XORD 1
Cité à l'ordre du régiment nÀ63 du 10 mars 1915 :
"A secondé vaillamment le Lieutenant Cottenceau, en entraînant ses hommes à sa suite dans l'assaut d'Aspach-Le-Bas le 26 décembre 1914 et a été frappé avec lui par les balles allemandes."(source : registre matricule 56R164 des Archives Départementales des Vosges)2 XORD 2
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